Cérémonies du 11 Novembre 2020

par Pierre Vaquer

11 novembre 2020…commémoration particulière

Initialement, les élèves du lycée Louis de Cormontaigne se préparaient à participer aux commémorations du 11 novembre au monuments aux mort de Metz et Place d’Armes.

Dépositaire du drapeau du Souvenir français le lycée, selon la tradition, devait le remettre à un nouvel établissement scolaire lors de ces cérémonies. La crise sanitaire s’étant imposée à tous, nous n’avons pu y participer.
Toutefois, il nous a semblé opportun d’organiser comme il se devait un moment de mémoire.

Le mardi 10 novembre, une cérémonie s’est tenue au lycée en présence du proviseur Arnaud BROSSARD et de monsieur Evesque, secrétaire général du souvenir français.
Etaient également présents, l’ensemble des élèves et étudiants qui étaient mobilisés pour participer aux cérémonies, monsieur Frédéric Ferber, professeur d’histoire-géographie du lycée, qui accompagné d’élèves de terminales spécialité Histoire-Géographie et Sciences Politiques ont animé ce temps de recueillement en nous faisant partager leur travail d’écriture sur le thème : 1915 : guerre des mines.

Après un accueil du proviseur, 2 élèves ont procédé à la lecture du texte dont le groupe fut rédacteur : beau moment d’émotion.

Monsieur Evesque a conclu en remerciant les élèves, leur professeur, pour la qualité de leur travail, leur engagement. Ce fut l’occasion pour lui de présenter le Souvenir français et d’offrir au lycée un beau livre.

La cérémonie, solennelle, s’est achevée en chantant La Marseillaise. Les valeurs de la République étaient au cœur des esprits de tous.

Cérémonie du 11 novembre 2020
Élèves volontaires

TG3
Bellet Emma
Brier Yanis
Herluison Clémentine
Leclaire Nicolas
Medinger Thomas (+ volontaire lecture)
Metz Clara
Ndour Noémie
Rossignol Antoine
Thabet Ines (+ volontaire lecture)

TG7
Bonelli Valentino
Brunet Elyne
Crillon-Demetz Nathan
Lassalas Thaïs
Latassa Martin
Lay Francis
Papamalamis Léa

1915 - La guerre des mines

Si je m’adresse à vous en ce 11 novembre, c’est pour partager une découverte que j’ai faite cet été. Dans le grenier de notre maison de vacances familiale, j’ai retrouvé une malle ayant appartenu à mon arrière-arrière-grand-mère. Cette malle contenait un paquet de lettres, qui avaient l’air très anciennes. C’étaient pour la plupart des lettres que mon arrière-arrière grand-oncle avait écris à sa sœur. Je vais vous lire celle qui m’a le plus marqué…

Vauquois, le 4 avril 1915

Ma très chère sœur,

Je t’écris une nouvelle fois depuis l’Argonne où nous tenons toujours bon face aux Allemands. Je t’ai déjà raconté comment, depuis septembre dernier, nous nous sommes battus avec acharnement pour reprendre cette butte de Vauquois, qui offre à qui la détient un point d’observation stratégique sur la vallée de la Meuse. J’ai perdu des centaines de camarades dans des attaques meurtrières qui ne nous ont pas permis d’avancer de plus de quelques mètres et ont mis le village en ruines. L’automne et l’hiver ont été très rudes au fond de nos tranchées et j’étais bien content de voir revenir le printemps. Malheureusement, je n’ai pas eu le temps d’en profiter, car depuis trois semaines, je passe l’essentiel de mon temps sous terre, dans des galeries qu’on appelle des mines.

Nos officiers ont fini par comprendre qu’il était impossible de s’emparer des tranchées ennemies sans butter sur les barbelés, les chevaux de frise et les hérissons qui les protègent, et sans nous exposer aux tirs nourris des mitrailleuses allemandes. Alors, ils nous ont annoncé que désormais nous passerions sous terre en creusant des mines, sous les ordres des gars du génie. L’objectif est d’aller disposer des charges d’explosifs au fond d’un fourneau, creusé directement sous les positions ennemies, avant de les faire sauter.

Mais ce n’est pas un travail facile, crois moi ! Huit à dix heures par jours, je suis chargé d’évacuer à l’aide d’un chariot des tonnes de gaize, la roche locale, jusqu’à la sortie de la galerie principale. Là, une autre équipe vient récupérer les sacs de terre et essaie d’en répandre discrètement le contenu à la surface, pour ne pas éveiller les soupçons des Allemands. C’est épuisant, il fait sombre dans les galeries et on manque d’air en dépit de la ventilation mécanique. Le silence y est pesant malgré le bruit sourd et saccadé des outils, car on nous a ordonné de ne pas parler entre nous. J’ai parfois l’impression de devenir une taupe à force de vivre sous terre ! Heureusement, je ne travaille que trois jours d’affilée, avant un temps de repos. Et puis, je ne suis pas à plaindre, par rapport aux copains qui passent toute la journée à creuser, à genoux ou allongés, tout au fond des rameaux de combat, ces galeries secondaires très basses qui se dirigent vers les lignes ennemies. Nos chefs ont d’ailleurs fait venir exprès des gars du Pas-de-Calais, de vrais mineurs, qui savent étayer les galeries et sont beaucoup plus adroits que nous autres quand il s’agit de manier les pics, les piochons ou les marteaux-pneumatiques.

Je t’avoue que quand on m’a affecté ici, j’ai d’abord été soulagé. Je me disais naïvement que sous terre, je serai à l’abri des balles et des obus ennemis. Mais j’ai vite pris conscience de tous les dangers qui nous guettent au fond des mines, et aujourd’hui, je passe mes journées avec une boule au ventre. A la peur que nos galeries ne s’effondrent accidentellement, tellement le sol ici ressemble à un gruyère, à la peur que je ressens quand je dois transporter des explosifs, s’ajoute la crainte permanente de succomber à une contre-mine des Allemands. Car eux aussi, ils creusent de leur côté ! C’est comme si on faisait en permanence une course contre la montre. C’est à celui qui fera sauter la galerie de l’autre en premier ! La semaine dernière, on a perdu cinq camarades au fond d’un rameau. Trois sont morts directement à cause de l’explosion, les deux autres ont été asphyxiés par les gaz qui se sont répandus dans la galerie. Les Allemands avaient creusé une contre-mine et fait sauter la nôtre avec un camouflet. J’ai eu de la chance, j’ai pu évacuer ma galerie à temps.

Depuis, nous faisons des pauses régulières, d’au moins 25 minutes toutes les deux heures, pour écouter dans le plus grand silence ce que font les Allemands. On en profite pour se reposer et fumer une cigarette. C’est fou comme les sons se propagent sous terre ! On a avec nous des spécialistes, des écouteurs. Ces gars sont capables de dire à quelle distance sont nos ennemis, s’ils sont au-dessus ou en dessous de nous. Au cas où on tomberait nez-à-nez avec eux, je porte en permanence ma baïonnette à la ceinture, pour les combats au corps à corps. Le plus angoissant, c’est quand on n’entend plus rien de leur côté. Je hais ce silence tellement il est pesant. Ça peut vouloir dire qu’ils font une pause, mais ça peut être aussi le signe qu’ils ont disposé leurs explosifs au fond de leur mine et peuvent nous faire sauter d’un instant à l’autre. Et là, c’est à chaque fois la roulette russe : soit on évacue nos galeries au plus vite, soit on continue de creuser en espérant les prendre de vitesse et les faire sauter avant nous.

J’ai constamment l’impression d’être en sursis et je ne vois pas où tout cela va nous mener. Toutes ces vies gâchées dans les deux camps, tout cela pour gagner quelques mètres, ça me rend malade. Chaque fois que je rentre dans ces maudites galeries, je me dis que je ne reverrai peut-être plus jamais le ciel, le soleil, la lune et les étoiles. J’ai peur de crever sous terre, j’ai peur de ne plus jamais te revoir. Tu me manques énormément. J’ai hâte d’avoir une permission pour rentrer à la maison et te serrer dans mes bras. Prends soin de toi, ainsi que de papa et maman. Embrasse-les de ma part, mais ne leur raconte pas tout ce que je t’ai écris, ils se font déjà tellement de soucis pour moi…

Je t’embrasse tendrement,

Ton petit frère, Louis.

On m’avait déjà raconté que mon arrière-arrière-grand-mère avait perdu un frère lors de la Grande Guerre, mais j’étais loin d’imaginer ce qu’il avait enduré et comment il est probablement mort, le 14 mai 1916, dans l’explosion d’une mine géante posée par les Allemands. Cette explosion a, parait-il, été entendue à 40 kilomètres à la ronde et a laissé un cratère de 100 mètres de diamètre.

Cette lettre m’a donné envie de me documenter sur la guerre des mines et de me rendre dans la Meuse, à Vauquois. En sous-sol, la butte ressemble aujourd’hui à une véritable termitière, avec plus d’une vingtaine de kilomètres de galeries souterraines, qui ont été en majorité creusées par les Allemands, et qui peuvent descendre jusqu’à 100 mètres de profondeur. Entre la mi-mars 1915 – qui marque ici le début de la guerre des mines – et avril 1918, on a dénombré plus de 500 explosions (320 françaises et 199 allemandes) et plus de 1 000 tonnes d’explosifs ont été employées.

En surface, le sommet de la butte est marqué par de profonds cratères, où ont été engloutis les hommes qui se trouvaient dans les tranchées et les abris visés par ces explosions souterraines. On appelle ces cratères béants des entonnoirs, dans lesquels il faut faire attention de ne pas glisser quand on se promène sur le site. Si la végétation n’avait pas repris ses droits, on pourrait se croire sur la lune. L’ancien village a été complètement détruit. A l’emplacement de la mairie, on a élevé en 1926 un monument aux morts, qui ne porte pas le nom des victimes. Près de 14 000 soldats ont trouvé la mort ici. Je ne peux m’empêcher de penser à l’un d’eux. Il s’appelait Louis, il avait à peine 20 ans.

Mots-clés

Partager cette page